Haro sur les scientologues le procès très médiatisé des scientologues français, le troisième en dix ans, porte sur une escroquerie en bande organisée et l’exercice illégal de la médecine.
L’occasion pour les évangéliques, jamais complètement en paix avec les instances de la lutte anti-sectes, de se poser la question : lors d’un tel procès, la justice s’immisce-t-elle dans le domaine
du religieux ? l es scientologues se retranchent derrière la laïcité Bien que les scientologues aient déploré les «préjugés» qui ont jalonné l’instruction du dossier, l’objectif de la justice
n’était pas d’évaluer si la scientologie est une religion ou une secte, même si la marge des tentations est là, l’association n’ayant ni rituel ni dogme.
Les autorités judiciaires cherchaient à savoir si les charges retenues contre elle sont justifiées.
Comme en 1997 à Lyon et en 1999 à Marseille, l’escroquerie pourrait être retenue si la justice met en évidence la «tromperie», comme le mentionne l’article 313-1 du code pénal.
Abordée par des scientologues à la sortie d’un métro en 1998, Anne-Claire Molton a déboursé 30 000 euros en quatre mois pour sa «purification ».
Devant le tribunal, elle explique qu’une fois tous ses comptes vidés, l’un des accusés lui a conseillé de faire un emprunt et l’a même accompagnée au rendez-vous.
Interrogé par la présidente du tribunal sur les cures de purification, les électromètres et les cours de dianétique vendus à prix fort aux membres de la scientologie, Alain Rosenberg, directeur du
«Celebrity Centre» à Paris et l’un des accusés, a répondu qu’«il ne s’agit pas de prestations mais de services religieux.
Ceux-ci ne peuvent avoir de prix car il n’y pas de prix à l’élévation spirituelle».
Telle a été la ligne de défense des scientologues lors de ce procès comme les précédents.
L’idée était de se retrancher derrière la laïcité.
Paul Ranc, auteur du seul livre évangélique en français sur la scientologie, rétorque : «Tous les anciens membres se sont plaints d’avoir été escroqués.
Le résultat n’est pas à la hauteur des sommes versées.
Autrement dit, la “marchandise” ne vaut absolument pas les prix imposés.
Pour cela, la scientologie doit être condamnée ».
Le spécialiste la range parmi les trois sectes les plus dangereuses.
«On doit respecter la liberté de culte et de conscience », avance pour sa part Eric Podico, porte-parole de l’association chrétienne Vigi-sectes.
«Toutefois, si un mouvement commet des actes répréhensibles, par exemple envers le fisc ou envers ses membres, il est normal qu’il soit condamné.» l ’avis des juristes «La règle est la même pour
tous, mais dans ce procès, c’est avant tout un problème d’argent», analyse l’avocat François Bellanger, également président du Conseil de fondation du Centre d’information photo : dr - dr Ssous
l’objectivité judiciaire, il y a des intérêts qui dépassent le procès lui-même O o bama 1er le Cconciliateur sur les croyances (CIC), basé à Genève.
Le droit français est à même de poursuivre les groupes religieux au même titre que toute autre organisation, a attesté le parlement français suite au drame de l’Ordre du Temple solaire.
Du côté helvétique, Séverine Desponds, historienne des religions au CIC, explique que dans les mêmes circonstances, une commission d’experts s’est demandé si les lois suisses étaient suffisantes
pour poursuivre des groupes religieux.
Leur conclusion a été positive et a donné lieu à un rapport.
«L’institution judiciaire a un rôle strictement limité à trancher les litiges et répondre aux questions posées dans le procès.
Ici, il s’agit de déterminer si certaines des activités de la scientologie sont pénalement sanctionnables.
Si la réponse est positive, les conséquences seront lourdes tant pour les dirigeants que pour l’association », analyse Bernard Biro, avocat à Paris.
Mais le spécialiste pense que le procès aura un retentissement dépassant le monde judiciaire : «D’aucuns caressent l’espoir de trouver le moyen légal qui permettra de dissoudre la scientologie.
Si la réponse est négative, les associations scientologues s’en barderont pour conquérir leur reconnaissance comme religion».
Quoi qu’il en soit, pour Bernard Biro, ce procès alimentera le débat sur la liberté d’expression religieuse en France.
Eric Podico pense qu’il sera difficile de dissoudre la scientologie car celle-ci est constituée d’une multitude d’associations.
Paradoxalement, «cela risque de faire passer les scientologues pour des martyrs.
D’un autre côté, ne pas le faire, c’est rester indifférent envers les victimes», constate-t-il encore.
Sandrine Rroulet"
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